Archipel exceptionnel, très vaste. 2 îles un peu touristiques et plein d'autres entièrement sauvages. Il est facile de trouver des mouillages pas encombrés, voire solitaires. Des plages, des oiseaux, du corail, des poissons, une eau très claire et de belles explorations en plongée prés de la barrière de corail, un joli village sur El Gran Roque avec des possadas (auberges). C'est décidé, je reste dans les îles du Venezuela pour cette saison d'hiver. Je vais juste faire un aller retour aux Antilles Néerlandaises, à l’Ouest des Roques, pour acheter une annexe puis retour dans les îles du Venezuela.

De retour aux Roques après l'escale technique à Curaçao, j'y retrouve Gus et Christiane sur "Stereden Va Bro", des bretons de Camaret avec lesquels j'étais resté en contact depuis nos rencontres aux Canaries et aux Saintes. Ils croisent avec le catamaran "Fushi", Claude et Bernadette, eux aussi de Camaret qui naviguent dans les Caraïbes depuis 10 ans en faisant un peu de charter. L'escadre est complétée par René dit "Le Tchétchène" et Annie de Bordeaux qui ont retapé "Gitana 3", un ketch de 20 m construit il y a plusieurs dizaines d'années pour Edmond de Rotchild. Pour manœuvrer Gitana, ils ont besoin de plusieurs équipiers qui sont récupérés au fur et à mesure du voyage. Les journées ont été bien remplies : navigation entre les îles y compris Gitana 3 qui a un tirant d'eau de 3 mètres, pêche de thons et bonites, ramassage de burgos (des coquillages 10 fois plus gros que les bigorneaux) sous les récifs dans les vagues au vent des îles, négoce de langoustes avec les pêcheurs, apéros et diner partagé dans le carré de Gitana assez grand pour accueillir les équipages des 4 bateaux.

L'escadre bretonne aux Roques

Au mouillage sur Gran Roque

Gitana 3

Je ne prends plus de photos, l’appareil photo numérique est en panne (il est devenu myope dans les cactus de Blanquilla). Pour voir des photos des Roques, suivre un des liens ci-dessous : Los Roques 1 Los Roques 2

Beaucoup de mouillages sauvages dans les deux parties de l'archipel des Aves (Sotavento puis Barlavento). Pêche, plongée, ramassage de noix de cocos, échange rhum contre langoustes avec les pécheurs, cuisine, lecture, paresse... Trés peu de voiliers dans l'archipel donc chaque bateau a son île, ses cocotiers, sa plage, son récif de corail. Les différentes couleurs de l'eau dans chaque lagon sont magnifiques. La nouvelle annexe est okay. A Barlavento, beaucoup d'oiseaux qui ronflent comme des mobylettes.

Traversée de nuit dans un état un peu vaseux. Ce doit être les huîtres de palétuviers mangées sur la paillote à playa Concord à Margarita.

Mouillage par 2m d'eau juste au bord de la petite plage de Cano Langosta où je retrouve le catamaran Lotus Bleu. Un campement de pêche est installé sur la plage mais il est vide. Jean Louis et Denise de Lotus Bleu se sont déjà renseignés : les pécheurs de langoustes devraient arriver vers le 15 janvier pour une nouvelle campagne. En attendant les langoustes, pêche d'écureuils qui sont des poissons de roche, rouges et blancs, avec des épines et des écailles trés résistantes.

Le lendemain Denise et Jean Louis m'embarquent sur leur annexe pour une visite au poste militaire dans la baie voisine. La virée à terre se transforme en randonnée à la recherche des ânes sauvages. Je suis équipé seulement d'un short et de sandales en plastique mais le trajet sur le tarmac de la piste d'aviation permet de traverser facilement une partie de l'île. Le reste se fait en suivant les traces d'ânes, soleil dans le dos, au milieu des rocailles, broussailles et cactus. Nombreux arrêts pour retirer les épines de cactus qui font plus de mal en ressortant qu'en s'accrochant. Sur une sorte de prairie salée, nous apercevons au loin les ânes blonds qui broutent un vague lichen au milieu aux pierres de corail. Demi-tour à la côte au vent, une falaise austère, attaquée par les vagues. Retour face au soleil. Comme personne n'a pensé à prendre des repères qui de toute façon n'existent pas sur cette île plate, nous loupons la piste d'aviation et continuons à progresser plusieurs heures dans des broussailles de plus en plus denses. La nuit tombant nous sommes pris au piège des cactus. L'allumage du phare de l'île permet de nous situer : nous sommes beaucoup trop à l'est. Jean Louis reste avec Denise qui a des crises d'hypoglycémie et je force le passage, sans lampe, pour finalement arriver à la plage où sont mouillés les deux bateaux et regagner mon bord à la nage. Par VHF, je n'arrive pas me faire comprendre des Coast Guards pour obtenir de l'aide. Je m'équipe donc des cirés et bottes et je retraverse la zone de broussailles et de cactus. Ayant aperçu mon faisceau de lampe, Jean Louis me guide à la voix avec le vent portant. Nous réussissons à nous extraire de la zone non sans mal pour finalement nous écrouler dans le cockpit de Lotus Bleu, bloqués par des crampes, les jambes en sang.

Contents d'en être sortis mais il faut payer pour notre annerie par plusieurs séances pour retirer les épines. Le lendemain, les genoux et chevilles ont gonflé, les articulations sont bloquées. Je reste la journée prostré à l'intérieur du bateau, couché ou assis sur la fesse droite qui n'est pas atteinte, la pince à épiler toujours à portée. Pascal m’organise une consultation avec un médecin tropical via le téléphone satellite afin de choisir les médicaments appropriés dans la pharmacie du bord. Le surlendemain, les anti-inflammatoires commencent à faire effet et je peux me rendre à bord de Lotus Bleu pour que Jean Louis me fasse un nettoyage sérieux des épines coincées sous la peau. Les soins seront complétés par un médecin infirmier du poste militaire voisin. Les militaires nous confirment qu'il ne faut pas aller dans cette zone et, le comble, que les ânes sauvages peuvent devenir agressifs pour défendre leur territoire. Heureusement, le mouillage est calme et l'eau parfaitement claire mais pas de plongée avant la cicatrisation des plaies. Etant couvert d'épines et me déplaçant avec lenteur, je me plonge avec bonheur dans L'élégance du hérisson de Muriel Barbery, un livre offert avec prémonition par Françoise et Dominique avant mon départ. La philosophie de la concierge Renée me fait oublier mes petites douleurs. Les fleurs de catus deviennent des camélias.

La convalescence se continue sur la plage de Yaque avec les séances quotidiennes de nettoyage des épines par Jean Louis. Pêche depuis le bateau et belle plongée en PMT sur le rocher juste à coté. Echange de thon contre joint silicone avec les pêcheurs mais toujours pas de langouste.

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Mouillage bien abrité cette fois, accroché aux rochers de la côte sous le vent de Testigo Grande en compagnie d'une poignée de voiliers français et québécois. L'eau est très claire et les plongées en PMT sont magnifiques mais je ne descends pas assez profond en apnée pour crocher des langoustes comme le fait mon voisin, un skipper professionnel qui vit à bord de son catamaran avec sa femme et sa petite fille Dune. Les Québécois vont pêcher des grosses carangues à la traîne au milieu des brisants derrière la pointe sud avec une grosse annexe. Mon annexe est en vrac et de toute façon pas assez puissante. Je me contente des mérous à la palangrotte près du bateau. Les journées s'écoulent sans difficulté. Les soirées sont aussi très belles avec la lune qui éclaire les fonds sous le bateau. Je pourrais cependant pas rester trop longtemps cependant parce que je n'ai pas prévu assez de vivres pour ces premiers mouillages sauvages et je dois faire les formalités à Margarita. Les militaires du poste de l'île en face sont passés à bord pour inscrire mon passage sur leur registre en me donnant trois jours pour aller faire l'entrée en douane et l'immigration à Margarita. Ces jeunes militaires sont sympas. Cela fera huit jours que je suis aux Testigos et ils repassent devant le bateau le soir sans rien dire mais il ne faut probablement pas abuser.

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Après une traversée de Grenade aux Testigos pendant la nuit du réveillon de fin d'année, je mouille au matin au bord la plage de Testigo Pequenio. Une caïque, voilier traditionnel construit en Turquie, y est déjà ancré. Son équipage est constitué par un français et une mauricienne. Ils font du charter au Venezuela avec ce bateau. Ils n'ont pas de client à bord en ce début d'année et ils ont invité d'autres équipages pour un repas de nouvel an. A peine réveillé d'une petite sieste pour me remettre de ma nuit de navigation, je suis invité à leur bord pour un rhum café (puis un 50% et donc nouvelle sieste en rentrant...). Sur la plage, il y a le cabanon à Chon Chon. Cette figure locale est un pêcheur vénézuélien, très sage comme le veut son grand âge et très accueillant (il parle plusieurs langues apprises avec les voiliers de passage). Les cabanons de sa femme, de ses fils et filles sont dans la baie des pécheurs juste à coté. Chon Chon ne pêche plus (ses fils ont pris la relève avec les bateaux de pêche visibles sur une des photos ci-desous. Il passe ses journées dans son hamac ou sous un arbre où est perché un perroquet et auquel est attaché un cochon. Il offre le café sans rien demander en échange. Je lui demande où pêcher à la ligne et il me répond simplement : sous ton bateau. En rentrant à bord, j'accroche un bout de poisson séché à un hameçon et très rapidement je remonte des mérous. Merci Chon Chon. Bien que la plage soit très belle, elle est exposée au ressac et aux alizés qui sont forts en cette saison. Un passage de mauvais temps avec une nuit agitée (Chon Chon m'a dit que c'est à cause du quart de luna) m'incite à déraper l'ancre après trois jours pour m'abriter sous le vent de Testigo Grande, la grande île voisine.

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