Ile de Blanquilla, Venezuela

- Escales -

Traversée de nuit dans un état un peu vaseux. Ce doit être les huîtres de palétuviers mangées sur la paillote à playa Concord à Margarita.

Mouillage par 2m d'eau juste au bord de la petite plage de Cano Langosta où je retrouve le catamaran Lotus Bleu. Un campement de pêche est installé sur la plage mais il est vide. Jean Louis et Denise de Lotus Bleu se sont déjà renseignés : les pécheurs de langoustes devraient arriver vers le 15 janvier pour une nouvelle campagne. En attendant les langoustes, pêche d'écureuils qui sont des poissons de roche, rouges et blancs, avec des épines et des écailles trés résistantes.

Le lendemain Denise et Jean Louis m'embarquent sur leur annexe pour une visite au poste militaire dans la baie voisine. La virée à terre se transforme en randonnée à la recherche des ânes sauvages. Je suis équipé seulement d'un short et de sandales en plastique mais le trajet sur le tarmac de la piste d'aviation permet de traverser facilement une partie de l'île. Le reste se fait en suivant les traces d'ânes, soleil dans le dos, au milieu des rocailles, broussailles et cactus. Nombreux arrêts pour retirer les épines de cactus qui font plus de mal en ressortant qu'en s'accrochant. Sur une sorte de prairie salée, nous apercevons au loin les ânes blonds qui broutent un vague lichen au milieu aux pierres de corail. Demi-tour à la côte au vent, une falaise austère, attaquée par les vagues. Retour face au soleil. Comme personne n'a pensé à prendre des repères qui de toute façon n'existent pas sur cette île plate, nous loupons la piste d'aviation et continuons à progresser plusieurs heures dans des broussailles de plus en plus denses. La nuit tombant nous sommes pris au piège des cactus. L'allumage du phare de l'île permet de nous situer : nous sommes beaucoup trop à l'est. Jean Louis reste avec Denise qui a des crises d'hypoglycémie et je force le passage, sans lampe, pour finalement arriver à la plage où sont mouillés les deux bateaux et regagner mon bord à la nage. Par VHF, je n'arrive pas me faire comprendre des Coast Guards pour obtenir de l'aide. Je m'équipe donc des cirés et bottes et je retraverse la zone de broussailles et de cactus. Ayant aperçu mon faisceau de lampe, Jean Louis me guide à la voix avec le vent portant. Nous réussissons à nous extraire de la zone non sans mal pour finalement nous écrouler dans le cockpit de Lotus Bleu, bloqués par des crampes, les jambes en sang.

Contents d'en être sortis mais il faut payer pour notre annerie par plusieurs séances pour retirer les épines. Le lendemain, les genoux et chevilles ont gonflé, les articulations sont bloquées. Je reste la journée prostré à l'intérieur du bateau, couché ou assis sur la fesse droite qui n'est pas atteinte, la pince à épiler toujours à portée. Pascal m’organise une consultation avec un médecin tropical via le téléphone satellite afin de choisir les médicaments appropriés dans la pharmacie du bord. Le surlendemain, les anti-inflammatoires commencent à faire effet et je peux me rendre à bord de Lotus Bleu pour que Jean Louis me fasse un nettoyage sérieux des épines coincées sous la peau. Les soins seront complétés par un médecin infirmier du poste militaire voisin. Les militaires nous confirment qu'il ne faut pas aller dans cette zone et, le comble, que les ânes sauvages peuvent devenir agressifs pour défendre leur territoire. Heureusement, le mouillage est calme et l'eau parfaitement claire mais pas de plongée avant la cicatrisation des plaies. Etant couvert d'épines et me déplaçant avec lenteur, je me plonge avec bonheur dans L'élégance du hérisson de Muriel Barbery, un livre offert avec prémonition par Françoise et Dominique avant mon départ. La philosophie de la concierge Renée me fait oublier mes petites douleurs. Les fleurs de catus deviennent des camélias.

La convalescence se continue sur la plage de Yaque avec les séances quotidiennes de nettoyage des épines par Jean Louis. Pêche depuis le bateau et belle plongée en PMT sur le rocher juste à coté. Echange de thon contre joint silicone avec les pêcheurs mais toujours pas de langouste.

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